Le mensonge dans le mensonge (2020)

Depuis ma conception on m’a menti. Ma mère, mon père, ma grand-mère, ma sœur, mes maris, mes copains. Si je ne voyais pas c’est parce que je ne pouvais pas. Je ne savais pas ce que c’était la vérité. Cela fait 23 ans que j’affronte les mensonges des autres et que je pardonne. La douleur a été exécrable comme lorsque vous apprenez que cette personne à la quelle vous y tenez est décédée. La douleur pendant quelques jours, parfois des semaines et des mois vous pince le cœur en vous rendant immune car à chaque mensonge la douleur devenait de plus en plus supportable. J’ai appris à sentir. Sentir ces émotions inavouables et denses comme lorsque vous vous levez le matin après vous être soulé au mauvais tequila ou whisky.

La seule chose vraie dans ma vie l’amour. Celui de Dieu, de mon fils et de mon journaliste. L’amour m’a sauvé des mes nuits sans lune, de mes nuits sans rêves, de mes nuits interminables jusqu’à en crever de froid.

Lorsque j’ai été conçue dans l’infidélité j’ai subi le mensonge durant d’innombrables années. Ma mère a dit au père qui m’a élevé que j’étais sa fille. Après un mensonge, vient un autre, de taille différente, de couleur, de texture, de grosseur mais finalement un mensonge. Ces mensonges étaient comme des boutons sur le visage qui vous enlaidissent. Vous mettez donc du maquillage pour les cacher. Mais le soir lorsque vous vous lavez le visage tout remonte à la surface. Alors vous buvez pour cacher cette horrible culpabilité. Vous vous enfoncez sans même vous rendre compte.

Lorsque j’avais 33 ans quand j’ai compris que mon père n’était pas mon père biologique et que ma mère couchait avec mon premier mari, je l’ai dit dans ma famille, je l’ai crié, je l’ai vomi. Ma mère m’a fait internée dans un hôpital psychiatrique pour prouver que j’hallucinais, mais surtout pour garder son mensonge au frais et pouvoir continuer à mentir. Elle me l’a imposé en me faisant croire que je délirais. Son mensonge m’a rendu malade de tristesse mais surtout de maladie. Pour cela je prenais des cachets en me disant que ce que je vois et ressens n’est que folie. Je croyais plus en elle, en sa figure maternelle bienveillante qui n’était qu’un mensonge comme cette sorcière qui apparaît à Blanche-neige sous l’aspect d’une douce vielle dame qui lui tend la pomme. Cependant celle-ci la tue. Ma mère m’a tuée à petites doses. J’étais morte en vie. j’étais enterrée par ses mensonges de toutes les couleurs et saveurs. Elles étaient acides, puis piquantes, puis atrocement intoxicantes, comme ces chips qui semblent bonnes mais qui nuisent votre santé. Pourtant vous en manger. Et vous aimez cela. Ma mère, ma frite, mon bonbon, mon tequila, ma bière, ma pluie, mes orages.

Ma mère a trompé mon père, comme mon père ma mère. Leur mariage était une grande comédie. La comédie dans la comédie. Ma grand-mère maternelle couchait avec mon père et nous entretenait en lui donnant de l’argent, mais surtout en couchant avec des hommes d’argent mariés qui l’entretenaient. Mon père couchait de droite à gauche, puis avec des hommes. Il était folle. Son mariage c’était sa vitrine. Ma vie, était une vitrine, ma famille, mes parents, mes amis, mon travail. Malgré que leur nez s’allongeait incessamment je n’arrivais pas à le voir. Il s’allongeait à travers, l’alcoolisme, la morphine, les coups, la maladie.

Lorsque ma sœur a épousé un homosexuel, je l’ai confirmé, puis lorsque j’en ai épousé. Évidemment j’ai grandi sans savoir tout cela. Je l’ai découvert au fur et à mesure des années et surtout de ma thérapie. Celle-ci je l’ai commencé afin de comprendre comment je m’étais connectée à un pédophile qui faisait des cassettes de pornographie avec sa fille et sa maîtresse, comment j’avais fait pour que cinq personnes veuillent me tuer et pour que ce chanteur me harcèle pendant 18 ans. Il fallait que je comprenne pour anéantir la douleur, pour pouvoir vivre sans avoir mal à chaque respiration. A chaque pas. A chaque regard. Et c’est que la vie était devenue si insupportable que j’ai passé un an au lit, et plusieurs années à faire la fête pour fuir mon immense désarroi. Je dansais comme si de rien comme si j’étais heureuse et épanouie. J’étais cloîtrée sur ma croix clouée par tous ces mensonges.

A l’hôpital j’ai du nier tout en bloc en m’imposant ainsi la réalité de ce pédophile : son tu es en train de devenir folle.

Ensuite tous mes petits copains m’ont menti, mes maris. J’étais incapable de voir la vérité car je ne l’avais jamais rencontrée. C’est comme cet amour avec lequel vous rêvez : la guérison. Ma croyance inexorable, la lune à atteindre. Je ne savais comment car je n’avais pas de fusée, que de rêves remplis de brouillard. Cependant cette petite voix à l’intérieur de mon cœur persistait, comme ce grillon de Pinocchio. Tu vas y arriver. L’autre me disait tu es folle, tu es dingue, tu es malade et je continuais de nager à contre courant même si l’abîme paraissait m’atteindre, m’écraser par le mensonge des autres.

Après mon premier internement j’ai vécu dans plusieurs réalités pendant vingt trois ans : la divine, la terrestre et la mienne, celle que les autres appelaient folie. Pendant 23 ans j’ai pris des médicaments car l’autre me jetait à la figure son mensonge préférant me rendre folle précisément par ce que je disais la vérité. La vérité inavouable, la vérité comme un couteau qui tranche et fait mal tellement que l’autre préfère continuer à mentir. Je vivais dans le noir comme une aveugle qui a finit par voir ce que personne ne peut, comme une sourde par entendre ce qu’on ne dit pas.

Pendant à peu près un an, j’ai médité en imaginant la lumière. Puis la lumière ce fit. Je pu enfin voir la vérité et arrêter de me sentir folle. Mais surtout affronter tous ces menteurs qui m’entouraient la tête haute, droit dans les yeux et surtout droit dans mon cœur et dans mes tripes. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il m’a fallu des années de travail sur moi même pour croire en moi, pour croire en ma réalité afin que l’autre ne m’impose plus la sienne. j’étais malade comme une infirme au bord de la mort à chaque fois qu’elle affronte la lumière.

A un moment donné, j’ai rencontré un homme, qui au premier abord était charmant : riche, beau, gentil, amoureux. J’ai vécu deux semaines très heureuses, puis d’un coup de grâce, j’ai compris que tout était faux. C’était un criminel : ces photos, son discours, ces je t’aime. Ce qui l’intéressait c’était mon argent que j’en avais pas. Pendant 72 heures j’ai vécu dans deux réalités, celle que cet homme me racontait puis celle que ma copine me racontait : son arnaque. Finalement la vérité a vaincu. J’ai ouvert les yeux et j’ai pris conscience de tous ces mensonges et tous les mensonges de ma vie. La lumière entra dans ma tête comme cette lampe que l’on allume par ce que l’on ne voit rien. Lorsque l’on revient des toilettes, on ne peut plus dormir. Toutes les idées sombres sont passés par ma tête allongeant les minutes comme si les saisons une à une défilait sauf le printemps et l’été. J’ai pleuré pendant 3 jours non stop comme Marie qui pleure son fils sur la croix. J’ai jeté des larmes amères non pas pour cet homme mais pour tous les mensonges que mon entourage m’a raconté depuis ma naissance. Mes yeux étaient des fontaines permanentes. Le chagrin de toute une vie a explosé. C’est pourquoi je m’évadais à travers des histoires d’amour où on me jurait éternité et fidélité mais en fait on ne faisait que me tromper comme l’enfant à qui on raconte que la lune est de fromage, ou que son grand-père décédé est parti au ciel rejoindre les anges qui l’attendaient impatiemment. Toute ma vie était un mensonge sauf l’amour pour Dieu qui m’a guidé et pour qui j’ai écouté d’innombrables histoires d’abus et de viol afin de réparer des cœurs cassés, comme ses montres où les aiguilles ne tournent plus car l’absence d’émotion les a cassé mais surtout la douleur. Comment sentir les émotions les plus aiguës alors que le cœur a été brisé en deux comme cet orange qui a était coupée et pressée.

J’ai finalement quitté cet homme, puis plusieurs semaines après je suis revenue vers lui pour aller au bout : mon exercice de style, ma pratique. Cette deuxième fois j’ai pu voir le personnage à qui la seule chose qui continuait à l’intéresser de moi c’était mon argent alors que je continuais à ne pas en avoir. Cette deuxième fois j’ai pu voir et affronter le vrai personnage et son nez allongé. Tout d’un coup j’ai pu voir tous les pinocchios qui m’entouraient. A force le château de cartes a terminé par s’écrouler. Malgré cela je ressens une certaine affection pour tous ces pinocchios qui en réalité me font pitié. La belle au bois dormant s’est réveillée. Non pas grâce à un baiser mais à cause d’une grosse claque. Après le premier mensonge, il y a un deuxième, puis un troisième puis l’infini. Ces pinocchios sont prêts à faire n’importe quoi pour continuer à jouer leur scénario.

Aujourd’hui, il fait beau : la joie de ma liberté. Libre de ne plus subir la souffrance que l’autre m’infligeait, libre de ne plus subir mais d’agir, libre de cette histoire, libre en étant une femme, libre de faire ce que je veux comme bon me semble. Libre de ma codépendance, libre, juste cela. Et cela est énorme. C’est comme ce premier pas à la lune. J’ai réalisé l’impossible et sans fusée.




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